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De l’abus du droit de grève…

Je viens de lire que des personnes de l’UMP réclamaient des sanctions financières pour « abus de droit de grève ».

Euh… Je ne suis pas juriste, hein, mais ça recouvre quoi, « l’abus du droit de grève » ?

Étant donné les récents déboires de la SNCF à la gare Saint Lazare et le feuilleton médiatique hallucinant qui l’a suivi (la colère assortie de demande d’excuses de N. Sarkozy, l’humiliation publique ensuite du patron de la SNCF), j’imagine que « l’abus de droit de grève » recouvre exactement ça. On va chercher à interdire, au nom du service au public, les cheminots, les traminots, les enseignants à exercer leur droit de retrait. On vise à leur interdire l’exercice du droit de grève.

Entendons-nous bien ! Je ne suis pas un gréviste à outrance et ai plutôt tendance à regretter les journées de grève : je préfèrerai que les conflits se règlent par le dialogue entre gens de bonne volonté. Je ne suis pas gréviste de gaiété de cœur, je le suis car je l’estime nécessaire. Mais l’objet de la grève, c’est un rapport de force qui prouve que nous avons, en tant que citoyens, le pouvoir de bloquer économiquement le pays. La grève est donc bien un pouvoir de nuisance. C’est dommage que les usagers (on dit toujours usagers ou clients, je sais plus trop) en soient victimes, mais c’est là le seul moyen de se faire entendre.

Enlever ce pouvoir là aux grévistes, à coup de « services minimum », c’est bien remettre en cause le droit de faire grève, car c’est le dénaturer.

Souvenons-nous qu’il n’y a pas si longtemps, Nicolas Sarkozy se félicitait devant les élus UMP que lorsqu’il y avait une grève en France, plus personne ne s’en rendait compte.

J’espère, de tout mon cœur, que la grève de jeudi lui prouvera le contraire…

Et je n’aimerais pas vivre dans un pays où faire grève sera devenu inutile !

Souvenons-nous de 1936 !

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De la grève et des évaluations.

Jeudi prochain, toute la fonction publique sera en grève. Donc les enseignants. Donc moi.

Pour la seconde fois cette année (après le mouvement du 20 novembre), je ne me rendrai pas en classe et irai manifester (en passant : 10h30 Manufacture des Tabacs à Lyon !)

Pourquoi ?

Ben, honnêtement, pas grand chose n’a bougé depuis le 20 novembre. Le ministre a essayé de noyer un peu plus le poisson, en maintenant dans leur poste RASED 1500 des 3000 suppressions annoncées, mais ne changeant rien à l’objectif de supprimer ces dits Réseaux d’Aides Spécialisées aux Élèves en Difficulté ; les nouveaux programmes sont appliqués et ne changeront pas (en tout cas rien ne vient). À cela viennent s’ajouter les évaluations nationales en CM2.

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Je suis directement concerné, puisque dorénavant enseignant en CM2 jusqu’à la fin de l’année (je l’avais pas dit, c’est vrai…).

Au départ, je ne suis pas contre l’idée d’évaluations nationales. Il me semble  important et utile de pouvoir évaluer mes élèves avec d’autres outils que ceux que je construis. C’est plus neutre, d’un certain côté, et aussi très intéressant. De plus, les évaluations nous permettent de situer les élèves par rapport aux attentes médianes de l’institution. Pour résumer, je vois ces évaluations comme un outil pouvant être performant à l’usage de l’enseignant de la classe.

Les évaluations nationales existent depuis 1989. Il y en avait 2, aux entrées du CE2, et de la 6e. Leur esprit était de faire un point à l’entrée de ces classes afin de donner aux enseignant une vue d’ensemble du niveau de ses élèves et de ce qu’il faudra avec eux travailler.

Cette année tout change. L’esprit de ces évaluations est différent : elles doivent venir à la fin du CE1 et à la fin du CM2. L’idée là, est de sanctionner un niveau atteint et donc, aussi, de sanctionner le travail de l’enseignant. Nous ne sommes plus dans l’évaluation formatrice, mais somative : pas celle qui permet de travailler et de progresser, mais celle qui permet de noter (l’élève ou l’enseignant ?). Philosophiquement, ça me dérange.

Pire ! Ces évaluations somatives arrivent, pour le CM2, au milieu du mois de janvier et sanctionnent TOUT le programme. Là, ça devient débile ! Comment évaluer en milieu de parcours sur l’ensemble du parcours ? Surtout quand nous travaillons librement en fonction d’objectifs de fin d’année, nous ne sommes donc pas guidés en cours d’année : nous sommes donc libres de travailler les notions dans l’ordre que nous le souhaitons, du moment qu’elles sont toutes faites à la fin.

La philosophie de ces évaluations est assez obscure. Contrairement aux évaluations précédentes, la notation est binaire : 0 ou 1, échec ou réussite. Sur certaines questions, il faut par exemple donner 4 réponses. 1 faute et on prend un 0. Aucune place n’est parfois laissée à la réussite partielle ou à l’erreur d’inattention.

Enfin, l’autre question, c’est de savoir à quoi vont servir ces évaluations. AU moment où la volonté est de faire disparaître la carte scolaire, les enseignants craignent qu’elles ne servent qu’à classer les écoles, orientant ainsi les bons élèves et les finacements vers les bonnes écoles, les élèves en difficulté vers les mauvaises écoles. Le spectre d’une éducation à plusieurs vitesses ressurgit donc…

Bref, les évaluations sont venues crisper des relations déjà très tendues entre enseignants et ministre… Jusqu’à quel point ? La colère est là, elle s’est maintenue depuis cet automne… J’entends déjà, ici et là, certains collègues préconiser des actions moins pacifiques. Le constat qu’ils font, c’est que le ministre a reculé face aux lycéens parce qu’il a eu peur d’eux, mais qu’il n’a absolument aucune considération pour nos « petites » manifestations fort sympathiques.

Ce ne sont que des voix isolées, mais jusqu’où tout ça va nous mener ?

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