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De la grève et des évaluations.

Jeudi prochain, toute la fonction publique sera en grève. Donc les enseignants. Donc moi.

Pour la seconde fois cette année (après le mouvement du 20 novembre), je ne me rendrai pas en classe et irai manifester (en passant : 10h30 Manufacture des Tabacs à Lyon !)

Pourquoi ?

Ben, honnêtement, pas grand chose n’a bougé depuis le 20 novembre. Le ministre a essayé de noyer un peu plus le poisson, en maintenant dans leur poste RASED 1500 des 3000 suppressions annoncées, mais ne changeant rien à l’objectif de supprimer ces dits Réseaux d’Aides Spécialisées aux Élèves en Difficulté ; les nouveaux programmes sont appliqués et ne changeront pas (en tout cas rien ne vient). À cela viennent s’ajouter les évaluations nationales en CM2.

evals-cm2

Je suis directement concerné, puisque dorénavant enseignant en CM2 jusqu’à la fin de l’année (je l’avais pas dit, c’est vrai…).

Au départ, je ne suis pas contre l’idée d’évaluations nationales. Il me semble  important et utile de pouvoir évaluer mes élèves avec d’autres outils que ceux que je construis. C’est plus neutre, d’un certain côté, et aussi très intéressant. De plus, les évaluations nous permettent de situer les élèves par rapport aux attentes médianes de l’institution. Pour résumer, je vois ces évaluations comme un outil pouvant être performant à l’usage de l’enseignant de la classe.

Les évaluations nationales existent depuis 1989. Il y en avait 2, aux entrées du CE2, et de la 6e. Leur esprit était de faire un point à l’entrée de ces classes afin de donner aux enseignant une vue d’ensemble du niveau de ses élèves et de ce qu’il faudra avec eux travailler.

Cette année tout change. L’esprit de ces évaluations est différent : elles doivent venir à la fin du CE1 et à la fin du CM2. L’idée là, est de sanctionner un niveau atteint et donc, aussi, de sanctionner le travail de l’enseignant. Nous ne sommes plus dans l’évaluation formatrice, mais somative : pas celle qui permet de travailler et de progresser, mais celle qui permet de noter (l’élève ou l’enseignant ?). Philosophiquement, ça me dérange.

Pire ! Ces évaluations somatives arrivent, pour le CM2, au milieu du mois de janvier et sanctionnent TOUT le programme. Là, ça devient débile ! Comment évaluer en milieu de parcours sur l’ensemble du parcours ? Surtout quand nous travaillons librement en fonction d’objectifs de fin d’année, nous ne sommes donc pas guidés en cours d’année : nous sommes donc libres de travailler les notions dans l’ordre que nous le souhaitons, du moment qu’elles sont toutes faites à la fin.

La philosophie de ces évaluations est assez obscure. Contrairement aux évaluations précédentes, la notation est binaire : 0 ou 1, échec ou réussite. Sur certaines questions, il faut par exemple donner 4 réponses. 1 faute et on prend un 0. Aucune place n’est parfois laissée à la réussite partielle ou à l’erreur d’inattention.

Enfin, l’autre question, c’est de savoir à quoi vont servir ces évaluations. AU moment où la volonté est de faire disparaître la carte scolaire, les enseignants craignent qu’elles ne servent qu’à classer les écoles, orientant ainsi les bons élèves et les finacements vers les bonnes écoles, les élèves en difficulté vers les mauvaises écoles. Le spectre d’une éducation à plusieurs vitesses ressurgit donc…

Bref, les évaluations sont venues crisper des relations déjà très tendues entre enseignants et ministre… Jusqu’à quel point ? La colère est là, elle s’est maintenue depuis cet automne… J’entends déjà, ici et là, certains collègues préconiser des actions moins pacifiques. Le constat qu’ils font, c’est que le ministre a reculé face aux lycéens parce qu’il a eu peur d’eux, mais qu’il n’a absolument aucune considération pour nos « petites » manifestations fort sympathiques.

Ce ne sont que des voix isolées, mais jusqu’où tout ça va nous mener ?

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A ceux qui veulent privatiser la France, l’école publique répond : RESISTANCE

PC103791Ben elle était chouette la manifestation de mercredi soir dernier. Le froid, la pluie semblaient se lier pour que personne ne vienne.
On devra peut être jauger la mobilisation à ça : à peu près 3000 personnes (estimation basse) étaient présentes sur la place Bellecour.
Beaucoup d’écoles étaient représentées, des parents étaient là (avec leurs enfants, souvent). On sent qu’il y a quelque chose, que les enseignants, les parents, sont en colère.
Pour ma part, j’ai retrouvé des « collègues » de l’IUFM de l’an dernier, on s’est mis derrière les drapeaux rouges et noirs de la CNT. Le froid et le mégaphone aidant, on a chanté, on a dansé, on a crié.
C’était un chouette moment.
Et maintenant ?
Le mouvement se poursuit, les aides personnalisées sont suspendues dans de plus en plus d’écoles, des actions continuent d’être organisées, des collectifs se montent un peu partout et l’on commence à parler de convergence avec d’autres mouvements de fonctionnaires.
On verra bien ce que ça donnera, mais je pense que c’est loin d’être terminé…

 

PS revenez ce soir pour photo de manif… Edit : on est le matin, mais c’est fait !

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Continuer la lutte (suite)…

Les revendications restent les mêmes, et ont été exposées ici et

Pour commencer, on sent un fléchissement du côté du ministre. Il s’est excusé des propos tenus sur la maternelle (en substance, pourquoi payer des gens à bac + 5 pour changer des couches… Ce qui prouve bien sa méconnaissance de l’école, puisque qu’une des conditions sine qua non à l’entrée en maternelle est justemment d’être propre) et il serait en train de revenir sur la suppression des RASED mais non sur celle, déjà annoncée, de 3000 postes de maîtres E, de maîtres G et de psychologies scolaires (qui composent donc le RASED).

Et le combat continue… 

Mercrdi à 18 heures place Bellecour aura lieu une manifestation regroupant enseignants et parents d’élèves. Il est intéressant de noter à la fois le jour (mercredi, donc pas d’interruption de cours) et l’heure qui permettra aux parents d’élèves d’apporter leur soutien à notre mouvement.

J’y vois quelque chose de très positif, une manière de montrer que nous nous pouvons nous mobiliser sans être en grève, une preuve de bonne volonté envers les parents et notre ministre… Puissions-nous être entendus !

MERCREDI 10 DÉCEMBRE, 18 HEURES :

TOUS À BELLECOUR !

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Continuer la lutte

La grande grève du 20 novembre est déjà loin maintenant, mais la mobilisation, si elle a diminué, n’a pas cessé.

Étant actuellement dans une école « privilégiée », je ne suis malheureusement pas directement concerné par les actions qui sont menées ici et là, mais je les soutiens et m’en fais donc le relais.

La mesure la plus importante, je pense, c’est la suspension de l’Aide Individuelle Personnalisée (AIP – abbréviation non officielle !) tant que le ministre n’annonce pas le maintien des Réseaux d’Aides Spécialisées (RASED). Étant donné que la justification de leur disparition ce sont justemment ces 2 heures/semaine d’AIP, l’idée est de dire que nous ne voulons pas être complices de cette disparition à laquelle nous sommes opposés : nous refusons donc d’effectuer cette partie de notre service. L’Inspection Académique menace de blâmes et de retenues sur salaires. Le fera-t-elle ? Il s’agirait là d’une action qui radicaliserait le mouvement… On verra !

Plus d’info sur la disparition des RASED et pétition en ligne (signez là !) : www.sauvonslesrased.org/

Un autre type d’action qui est mené, ce sont les « Nuits des Écoles ». Les formes sont diverses (apéro, occupation des locaux toue la nuit…), mais l’idée est la même : réunir, dans une ambiance détendue, enseignants et parents d’élèves afin d’échanger sur le mouvement, sur les réformes en cours et futures (outre la disparition des RASED : disprition des postes de remplaçants en faveur d’une agence gérant des personnels non formé et payé à la vacation ; création des EPEP, établissement public gérant une ou plusieurs écoles et dont le directeur ne serait plus un enseignant, mais quelqu’un de la marie nommé par un CA dans lequel les enseignants n’auraient qu’une vois consultative…) . J’en ai déjà fait part ici même, ce genre d’action me semble fondamental, car les parents d’élèves sont aussi des électeurs et représentent beaucoup de voix. S’ils grognent, ils seront plus entendus que nous ne le serons jamais.

Pour finir, un mouvement de grève départemental est prévu le 9 décembre et des manifestations communes enseignants/parents sont prévues mercredi 10.

Ca bouge, donc, j’espère seulement que les vacances de fin d’années qui se profilent ne vont pas casser le mouvement… Mais, si le ministre semble y compter fortement, je n’y crois pas : la colère est réelle et profonde.

Nous allons vivre une année mouvementée !

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Défendre ses idéaux

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Jeudi prochain, le 20 novembre, journée d’action à l’Éduation nationale.
Je me demande quel va être le traitement de cette grève dans les médias, mais je ne l’imagine que trop bien : des parents outrés par la grève de l’enseignant de leur enfant, d’autres réjouits de la mise en place du Service Minimum d’Accueil (SMA dorénavent, c’est plus court), et pas un mot sur nos revendications…
Je tiens de suite à préciser qu’il ne faut pas se tromper de combat : la plupart des enseignants ne perdent pas une journée de travail pour le plaisir (pour info, c’est près de 80€ sur mon salaire de débutant, ce n’est pas rien), mais bien pour défendre, ou à tout le moins essayer, une certaine idée du service public d’éducation, au service des élèves.

Ceux qui m’ont dans leurs contacts MSN ou Gtalk savent déjà que je serai gréviste.

Je le serai pour plusieurs raisons

– la suppression des Réseaux d’Aide Spécialisés aux Élèves en Difficulté (RASED). J’en ai déjà parlé, mais c’est maintenant chose certaine : ils sont voués à disparaître au profit de l’aide individualisée. C’est très dommageable car ces RASED sont composés de professionnels qui savent aborder l’échec et ses causes, en petits groupes afin d’individualiser cette aide à chaque élève. Les enseignants spécialisés du RASED vont donc se retrouver dans des écoles difficiles à faire cours « comme les autres » et ne seront plsu disponibles pour tous les ensignants. L’école perd un biais qui lui permettait de faire face à l’échec scolaire avec efficacité dans de nombreux cas…

– la mise en danger de l’idée même d’école publique. Nous sommes dans une politique de réduction des coûts et d’effectifs. Pour moi, il est évident qu’un meilleur service public devrait tendre à diminuer le nombre d’enfants par classe et améliorer les conditions d’exercice pour tous. Cette année, les recrutements par concours sont en baisse (comme toutes les années précédentes) . Les postes de titulaires remplaçants (enseignants chargés d’intervenir dna sles écoles dans lesquelles un enseignant est malade ou absent) sont directement menacés. Il est prévu la création d’une agence gérant les remplacements à partir de 2009. Ca signifie que les profs absents seront remplacés par des personnes non formées gérées par une agence privée. Si l’État doit payer chaque remplaçant au pro rata de ses interventions, il y a fort à parier que les petits remplacements (ceux inféreiurs à 2 semaines) ne seront pas pourvus, les élèves incités à rester chez eux ou répartis dans les autres classes, augmentant ainsi la charge des collègues. Le seul point positif que je vois dans ces agences, c’est qu’elles seront une alternative intéressante pour qui veut changer de département d’affectation. [Changer de département, signifie obtenir un droit de sortie de son département d’origine, et un droit d’entrée dans celui de destination. Bien souvent, ça ne marche pas les premiers coups, même dans des cas de rapprochement de conjoint. Les collègues décident alors de déménager tout de même et se mettent en disponibilité sans salaire. J’imagine que ces futures agences de remplacement seront friandes de ce public là, ce qui permettra de partir d’un département sans subir une perte de salaire trop importante ! Je suis prêt à partir n’importe où, du coup !]

Pour terminer là dessus, il me semble que nous sommes en train de voir naître une véritable école à 2 vitesses, un peu sur le modèle anglo saxon. D’un côté une école privée performante, bien équipée mais payante, de l’autre une école publique ouverte à tous, mais pauvre, en manque de moyens et de personnels.
J’espère juste que je me trompe. Je crois fermement que l’école publique doit se fixer le but de former des citoyens pensants et agissants (je m’inspire beaucoup de John Dewey – qu’il faudrait que je lise un jour, tout de même !). De ce point de vue là, nous sommes en pleine débâcle, avec la mise en place de nouveaux programmes qui insistent sur la récitation et un manque de moyens, notemment humains, qui va se faire de plus en plus sentir…
TOUS EN GRÈVE LE 20 NOVEMBRE !

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