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États d’âme…

On m’avait dit que ce boulot de professeur des écoles, ce n’était pas forcément une sinécure. Je n’en doutais pas, mais je me disais qu’avec le temps et l’expérience, j’aurais moins à travailler.

Ah oui, parce qu’on travaille beaucoup, au fait ! Loin de l’image de glandeurs que la société nous envoie parfois souvent. S’il est vrai que nous n’avons « que » 24 heures de présence devant les élèves, il faut ajouter toutes les heures de préparation, de correction, de concertation, de réunions, de rencontres avec les parents… Je ne connais pas un enseignant qui compte ses heures, et peu font moins de 35 heures par semaine. Pour se donner une idée, sur mes 4 jours par semaine, je ne fais pas moins de 8 heures et demie de travail à l’école (pour une présence effective de 10 heures en moyenne : j’arrive à 8 heures et ne repars rarement avant 18 heures). Sur  4 jours, ça fait déjà 34 heures / semaine. À cela, il faut ajouter le temps de travail à la maison, une quinzaine d’heures en moyenne. Le compte est vite fait, mes 35 heures sont en fait 49…

J’en entends déjà me dire « et les vacances ? ». On y travaille aussi. Pour ma part, je m’accorde une semaine à ne rien faire, et la deuxième est consacrée à préparer les cours (les objectifs de la période, les évaluations…). Ce n’est pas le même rythme, bien entendu, mais ça reste du boulot.

Et les grandes vacances ? On y prépare l’année qui vient. Lorsque l’on a une classe, beaucoup de choses sont à préparer (les thèmes qui vont être traités tout au long de l’année, les sorties prévues, l’organisation matérielle, etc…). Là encore, ce n’est pas tous les jours, et pas sur le même rythme. Nous avons des vacances. Ce que je veux dire, c’est qu’on y pense tout le temps… et que nosu faisons un métier où nous travaillons. Ce qui est désolant, c’est que me voilà obligé de justifier mes heures, en quelque sorte, car nous nous entendons souvent traités de paresseux, de fainéants, surtout à la veille d’un jour comme demain où une bonne partie d’entre nous sera en grève.

Où je veux en venir, c’est que je suis un peu « flottant » en ce moment. La fatigue de l’hiver, du travail… Je sais que j’engrange de l’expérience, et j’ai cru qu’avec elle j’aurais moins de boulot en définitive. Mais non, j’en ai de plus en plus. Cette situation est un peu lourde. D’autant plus que je me suis stressé sur les programmes et le fait que je n’aurais pas le temps de les terminer (mais qui l’a ?). J’essaie d’aller vite, je suis stressé, je stresse mes élèves, l’ambiance de la classe se détériore. Je suis dans une mauvaise passe, en fait, et j’en suis totalement responsable.

Alors parfois j’en ai marre, et en ce moment plus que d’habitude, de m’entendre dire que c’est cool d’être prof, que c’est facile et qu’on a tout plein de temps libre. Je trouve ce métier très enrichissant, très épanouissant et avoir 22 enfants presqu’adolescents à ma charge 4 jours par semaine est un grand bonheur ; mais c’est aussi un métier très stressant, parce qu’on travaille vers des êtres humains et que chaque erreur de jugement, chaque écart peut avoir des conséquences sur mes élèves ; parce que je leur dois d’être au top, chaque jour, c’est le minimum que je puisse faire…

Ceci explique aussi la colère qui est la nôtre. Nous (enfin, les enseignants que je côtoie) nous décarcassons tous les jours, nous en « bavons » parfois, on donne plus que sa force de travail, on se donne aussi dans ce que l’on fait. Et voir le peu de reconnaissance pour notre métier, l’attitude méprisante de notre ministre, la stupidité de certaines de ses mesures, ne nous laisse pas vraiment d’alternatives : battons le pavé, faisons grève. Crions notre mécontentement. Mais en faisant cela, c’est aussi notre foi en une école plus juste, notre foi en notre métier que nous crions, notre foi dans le fait que nous pouvons changer le monde.

Puissent nos concitoyens nous entendre !

Pas d’illustration pour cette note, juste un lien vers une page d’un extraordinaire livre, « Le Journal d’un remplaçant »

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Vas-y Nadine !

Si un jour j’avais pensé dire ça… Car oui, je parle bien de Nadine Morano.

Ok, normalement, je la supporte pas, c’est clair… Et en fait, je ne la supporte toujours pas. Alors pourquoi ?

Tout simplement parce que, dans le nouveau statut du beau parent qu’elle défend, elle précise bien que le texte « n’est pas sexualisé » et intéresse toutes les familles : Les « 2 millions d’enfants vivant en familles recomposées, les 3 millions en familles monoparentales et les 30.000 enfants élevés par deux personnes du même sexe ».

Ou comment la France est en train de se doter d’un statut sur la famille homoparentale, presqu’en douce ! Et là je dis chapeau…

Évidemment, on retrouve Christine Boutin qui nous ressort qu’il faut un père et une mère pour élever un enfant.

Je ne suis pas d’accord. Il lui faut de l’amour, de l’attention, des parent attentifs qui le font grandir et le rendent autonome. Peu importe leur sexe et leur relation familiale avec lui.

Sources sur lemonde.fr et sur libe.fr

Reste la vraie question : vont-ils vraiment oser ?

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Congé parental, épisode 2 : le modèle suédois

Le sujet est d’actualité, le nombre de commentaires ainsi que la qualité du débat sur le sujet de samedi le prouve.

Grâce à jaed et sa veille internet de qualité (ou est-ce de la procrastination ???), allez voir ça :
http://www.liberation.fr/laparitealasuedoise

Largement de quoi s’inspirer de ce modèle très différent : 16 mois (oui, 16 mois !) de congé parental à se partager entre les parents, des taux d’encadrement de 1 pour 5 dans les pre-school (de 1 à 5 ans), une éducation basée sur le genre, et tout plein d’autres choses très intéressantes sur le genre, l’égalité des sexes, l’éducation.

Un portrait peut être idyllique, mais qui mérite d’être connu et que je vais essayer d’aller découvrir un jour (même si je ne sais pas encore comment, mais je trouverais le moyen d’aller dans une école là bas !)
Morceau choisi : « On ne les traite pas [les élèves] comme garçon et fille, mais comme des enfants, comme des individus, au-delà du genre« .

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Euh, c’est quand le prochain avion pour la Suède ?

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Congé parental

Nicolas Sarkozy hier a plaidé pour un statut du « beau parent » (pourquoi pas ?) et a abordé le thème du « gâchis » du congé parental, responsable de perte de pouvoir d’achat.

Je suis estomaqué de la remise en cause de cette possibilité offerte aux femmes et aux hommes de prendre jusqu’à 3 années de congé parental (sans solde) afin d’élever leur enfant (nota : ça marche aussi s’il est adopté). Évidemment, 3 ans sans solde, ça peut poser problème pour des couples, mais je pense qu’il sera de toute manière mieux pour l’enfant d’être élevé par ses parents à son domicile et non pas dans une crèche (dont on nous promets 200 000 places supplémentaires).

J’ai donc toujours pensé que ce congé parental était une excellente chose qui allait bien dans l’intérêt de l’enfant. Et, de manière personnelle, je pense que j’apprécierais beaucoup pouvoir en profiter. J’en profite pour rappeler que la loi française ne peut en aucun cas être discriminante : ainsi, tout mesure est automatiquement valable pour les deux sexes. Le congé prental est donc bien possible pour le pères (il est à dissocier du congé maternité réservé aux femmes pour des raisons pratiques : aux dernières nouvelles, un homme ne porte pas l’enfant, n’accouche pas, n’allaite pas…).

Tout ça nous ramène à l’épineuse question de l’éducation des enfants. Je ne peux pas comprendre qu’on puisse, en tant que futurs parents, considérer lâcher son enfant à d’autres personnes que soi (crèches, nourrices) au bout des 3 mois du congé maternité. Je ne comprends pas qu’on abandonne ainsi l’éducation de son enfant à d’autres. Car c’est bien ce qu’il se passe. Sur une semaine de travail de 5 jours, combien de temps le papa ou la maman verront leur enfant du lundi au vendredi ? Qui entendra son premier rire, son premier mot, ses premiers pas ? Au bout du compte, des parents en connaissent pas leurs enfants qui ne les connaissent pas en retour. On peut gloser ensuite sur cette « jeunesse qui fait n’importe quoi » ou même « qui fait peur » ; on se plaint de la destruction du cadre familial, mais que voulez-vous ? On s’y attache dès la naissance !

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Quelle est cette société qui cherche à tout prix à prendre en charge toute l’éducation de ses enfants ? En quoi une éducation collective dès l’âge de 3 mois est-elle justifiable ?

« Faire venir un enfant dans notre monde est une affaire trop sérieuse pour être laissée à la société » (merci à Clémenceau pour la citation… à peu près).

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