Archives de Tag: citoyens

Chronique mal bidouillée d’un professeur des écoles

J’aime ce que je fais… la plupart du temps.

J’essaie de mon mieux pour accompagner les enfants qui me sont confiés, les rendre autonomes, les voir grandir… Mais dans mes conceptions philosophiques (on va dire…) ben je me sens bien seul, et pas soutenu. Pis, la lourdeur administrative écrase tout : évaluations nationales, programmes, inspections, autorisations administratives pour la moindre sortie, réduction des activités hors classe sous prétextes de sécurité ou de réductions budgétaires, etc, etc…
Finalement, la grosse machine formate les enseignants, qui eux même formatent les élèves. Bourdieu pensait, avec une acuité que je vérifie jour après jour, que l’école était bien le lieu de la reproduction sociale, qu’elle ne faisait que transmettre les inégalités, qu’elle est loin de rendre libre. Qu’y puis-je si je me range plus du côte d’un Dewey qui croit que l’école doit être ce creuset d’où sortiront des citoyens qui pourront changer la société ?
En France, l’obéissance est une des principales vertus scolaires exigée. On mesure la réussite d’une classe à sa tenue : est-ce que tout est propre et bien rangé à la fin de la journée ? Est-ce qu’il n’y a pas eu trop de bruit ? Est-ce que les élèves ont été sages ? La construction des leçons ne laisse finalement que peu de place à l’initiative individuelle : leçon magistrale, découverte du thème de la leçon, exercices d’application, évaluation finale et on recommence. L’élève n’a pas de liberté, il est un exécutant de la tâche proposée par l’enseignant. Soumis à diverses pressions, les parents, l’enseignant, la plupart des élèves s’y soumettent : il s’agit de faire plaisir, de se conformer au système. On en cherche pas l’émancipation, mais bien la soumission, la reproduction. Il faut qu’une majorité d’enfants deviennent de simples exécutants, et qu’une minorité deviennent décideurs. L’école ne créé rien moins que cela.
Lors d’un stage aux États Unis effectué durant ma formation initiale à l’IUFM avec une classe de grands (les élèves avaient entre 11 et 12 ans à peu près), j’ai vu ce que pouvait donner une pédagogie différente. L’enseignant basait sa pédagogie sur celle du projet, définie, entre autre, par Dewey. Le projet ici, c’était de faire une frise relatant la vie de la Terre depuis sa création jusqu’à nos jours. Mais cette frise, elle devait être à l’échelle, sur une bande de papier de 10 mètres de long. Il fallait donc dans un premier temps trouver l’échelle (1 mm : 450 000 ans, pour info), placer sur les 10 mètres de bande les différentes époques et les illustrer au moyen de recherches en bibliothèques et sur Internet. Pour ce faire, les élèves devaient librement constituer des équipes de travail et avaient un délai de 2 semaines à respecter. Une grande place étant nécessaire, les élèves se sont installés dans le couloir, dans la bibliothèque, enfin, où ils pouvaient ! Ils étaient absolument libres d’aller et de venir. L’enseignant était là pour répondre aux questions, les orienter. Son rôle, une fois l’activité lancée s’arrêtait bien souvent à celle de pourvoyeur de matériel. Mais les élèves, eux, ont manié les fractions, les grands nombres, les échelles avec une grande aisance, alors qu’il s’agissait là de notions pas ou peu vues au départ. Ils ont travaillé et beaucoup appris, mais de manière non violente : pas de leçon, pas d’exercices ou de devoirs, non, juste une activité motivante. J’ai compris alors ce qu’était « mettre du sens dans les apprentissages ». Je me suis aussi dit qu’une telle chose était presqu’impossible en France : la peur du désordre (mettre 25 élèves en activité dans les couloirs en créait forcément ! Enfin, pas du désordre, non, peut être juste du bruit…), les limitations que chacun s’impose : en France, on sort peu des classes, car le travail ne se fait qu’assis sagement à son bureau. Il n’y a qu’à voir le sort fait aux sorties scolaires dans la tête des élèves ou de leurs parents : aller voir un film,  une pièce de théâtre, une expo ou un parc, ce n’est pas apprendre…

Tout ça pour dire que je sais pertinemment que je ne resterai pas enseignant toute ma vie, qu’un jour toutes ces lourdeurs seront trop pesantes… Et qu’il me faudra partir !
Pour mesurer un peu plus l’ampleur du désastre, les jeunes collègues à qui je tiens ce discours me répondent,certains me répondent que « tout le monde le dit, qu’il va s’en aller et personne ne le fait en fin de compte »… Comme si la machinerie était trop forte et qu’il n’y a qu’à se soumettre nous aussi.
En voyant beaucoup de mes « jeunes collègues », et bien je me dis que nous avons déjà perdu, en fin de compte. La résignation à tous les étages, le goût du combat évaporé contre une petite journée de salaire et parce que « ça ne servira à rien ».

*soupirs*

Mais je finirais comme j’ai commencé : j’aime mon métier et je suis heureux de le faire. Et aussi parce que je crois que je peux fare une différence. Tant que j’y crois, ça ira !

Plus d’infos sur Charles Dewey : sa page sur wikipedia.

Publicités

4 Commentaires

Classé dans École

Être de gauche…

Article un peu en relation avec l’élection d’Amir Khadir à Montréal

Son parti, Québec Solidaire, passe pour être d’extrême gauche, on entend socialisme, voire même, ô suprême insulte en Amérique du Nord, communisme à son propos. J ene cherche pas à savoir ce qu’il en est réellement de Québec Solidaire, puisque je n’ai pas suivi la campagne ni même les discours de M. Khadir et que, pour être honnête, j’en ai appris l’existence que le soir de son élection…

Non, ce qui m’a interpellé, c’est cette question : être de gauche, c’est quoi ?

Si je cherche à me définir politiquement, en vrac, je dirais que : 

je suis pour l’avortement et le droit fondamental pour chaque être humain de choisir librement quoi faire de son corps

je pense que

je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m’entourent, hommes ou femmes, sont également libres. La liberté d’autrui, loin d’être une limite ou une négation de ma liberté, en est au contraire la condition nécessaire et la confirmation. Je ne deviens vraiment libre que par la liberté des autres, de sorte que, plus nombreux sont les hommes libres qui m’entourent, et plus étendue et plus large est leur liberté, plus étendue et plus profonde devient la mienne (Bakounine)

Je suis pour l’égalité femmes-hommes

Je pense qu’il ne devrait y avoir que très peu de lois et qu’on devrait laisser les gens décider par eux même (exempel de la Sécurité Routière : au nom de quoi rend-on obligatoire la ceinture de sécurité -ou le casque du motard- au delà de l’âge de la majorité : à partir du moment où la loi reconnait l’individu comme responsable, il a le droit de vouloir prendre des risques s’il le désire. Libre à chacun de la mettre ou pas… Il faut que la possibilité existe, mais pas l’obligation)

Je pense que les prisons ne devraient pas exister et que chaque être humain est éducable

Je pense que l’école doit former le citoyen pensant et agissant au sein de sa société, qu’elle doit œuvrer à la trasformer et non  à la reproduire

Je suis contre la peine de mort

Je suis pour l’autonomie des personnes, en ce sens, l’existence d’un état omniprésent et omnipotent est une hérésie ; je pense aussi que le rôle de l’état devrait être principalement d’aider les gens qui en ont besoin (contradcitoire ?) et qui en font la demande

Je suis pour le mariage gay, au nom, toujours de l’autonomie et de l’égalité : pourquoi empêcher à une certaine catégorie de la population un service disponible à d’autres ? Au nom de quoi un état laïc devrait défendre que le mariage est l’union d’un homme et une femme ? Le mariage est une possibilité offerte aux citoyens, il ne devrait pas être réduit à une part de ceux là, fût-elle largement majoritaire.

Je ne suis pas sûr de croire en la démocratie. Elle n’est que le moins pire des régimes.

Je pense que l’Union Européenne pourrait être une bonne chose si elle garantissait un processus d’intégration politique et qu’à terme les états se dissolvent en elle : une entité politique, de multiples entités culturelles (un peu comme la Catalogne en Espagne : partie intégrante et importante du pays, elle n’en est pas moins une culture et une langue distincte… Le devenir du Québec qu Canada ?)

Je pense que nptre système économique n’est pas adapté et ne sert qu’à enrichir les plus riches et à laisser les pauvres pauvres, tout en leur donnant une illusion de richesse et de confort (« Everybody knows the poor stays poor, the rich gets rich« ) et qu’on pourrait, a minima, mettre en place un système visant à ne laisser personnes « à la rue ». Il me semble que des économistes comme Joseph Stiglitz ne disent pas le contraire (et certainement bien mieux que moi !).

Il me semble oublier plein de choses…

Dans le même temps, je dois confesser que je suis un peu (beaucoup) matérialiste -mais beaucoup moins qu’il y a ne serait-ce qu’une ou deux années-, que j’apprécie mon relatif confort matériel : j’écris ces lignes de mon ordinateur, je vais certaienemnt répondre à des commentaires (dont quelques uns que j’attend avec impatience !) via mon iPhone dernière génération ; j’ai une voiture, une machine à laver, mais des ampoules basses consommation (ouf, l’honneur est sauf) !

Être de gauche, n’est-ce pas aussi tenter de mettre en adéquation idéaux et actions ?

Et pour vous, c’est quoi être de gauche ?

11 Commentaires

Classé dans politique, Uncategorized

Que d’eau, que d’eau !

Une histoire d’eau…
Elle nous vient de la région des Grands Lacs aux États-Unis, et plus précisément de l’état du Michigan.

Là bas, les ressources en eau douce semblent imposantes, et pour cause, état inclu dans les Grands Lacs, on y trouve aussi maintes sources. L’eau est possession publique, elle appartient à tous les citoyens : chacun est libre de la capter.

Coca Cola a donc décidé d’installer une usine de captation d’eau douce. Après tout, c’est son droit, l’eau appartient bien à tout le monde (il me semble que Coca a dû payer une redevance pour le faire, mais pas trop élevée, on vous rassure !).

Il faut savoir qu’embouteillée, l’eau coûte cher, très cher. Et ce que Coca Cola fait est tout de même limite : la compagnie capte de l’eau, beaucoup d’eau, mettant en péril l’environnement et l’approvisionnement des citoyens locaux afin de mettre cette eau en bouteille (traitée comme l’est l’eau du robinet, c’est bien de l’eau potable qu’ils vendent, sans minéralisation particulière) et de leur revendre à des prix défiant toute concurrence, à coup de matraquages publicitaires : cette eau serait meilleure (faux), adaptée pour les nourrissons (faux encore… La plupart du temps, l’eau du robinet est adaptée pour les nourrissons !), et aurait des verttus minéralisantes qui restent à prouver… Du coup les gens se mettent à penser qu l’eau du robinet n’est pas bonne et qu’il faut acheter de l’eau en bouteille, ALORS QUE C’EST LA MÊME !

On peut admirer le modèle économique génial de l’affaire qui fait vendre à un prix largment supérieur le même produit, mais emballé…  La quintescence du capitalisme, en un sens !

C’est un peu le placement de la Cristalline en France  : elle vend de l’eau du robinet très cher. Et l’on voit des clients acheter leur pack de 6 pensant préserver leur santé de la méchante eau du robinet.

Du coup, je renvoie à l’excellete idée de la mairie de Besançon qui a décidé de promouvoir l’eau du robinet en inventant une marque, la Bisontine. Sauf qu’une bouteille de Bisontine, c’est une carafe d’eau du robinet.

afficheetiquette

Pour en savoir plus sur l’eau du Michigan (et encore le Michigan n’est-il qu’un exemple !) : Save Michigan Water

Des gens se sont unis en Inde contre Coca Cola et Pepsi et notamment contre les captations qu’ils font au mépris des populations locales ! Plus d’infos ici : People’s Resisatance in India

Site d’un film sur le sujet (diffusé sur Arte) en novembre et dont ce billet s’inspire très largement (mais sans le brio du film) : FLOW

4 Commentaires

Classé dans Au jour le jour, politique