La fête de Lutte Ouvrière

Grande découverte la semaine dernière : la fête de Lutte Ouvrière.
Elle se déroule à Presles, dans le parc d’un (petit) château appartenant au parti (obtenu par héritage, il me semble).
Je n’avais jamais assisté à ce genre de réunion politique. Accompagné par une pensionnaire de ce blog (je l’en remercie, par ailleurs), j’ai pu découvrir ce monde nouveau.

Vue de la fête vers le château

Vue de la fête vers le château

Car la fête de Lutte Ouvrière, c’est tout un monde. Des stands sont installés et tenus par les camarades de toute la France et des représentants de partis identiques venant d’autres pays. Tous présentent une part de leur savoir faire et servent des plats typiques du coin. Alors oui, on mange pas mal à la fête de LO !

la scientifique du CERN devant son joujou

la scientifique du CERN devant son joujou

Fête populaire, beaucoup d’animations sont prévues : une (petite) grande roue, un parcours d’accrobranche, des concerts (Amélie les Crayons ; Les Wriggles…), des conférences représentant toute la multitude des compétences des membres de LO (nous avons assisté à une conférence donnée par une scientifique travaillant au CERN , une autre par Marie Treps, une linguiste, sur les mots français ayant voyagé dans les autres langues) ; fête politique aussi, des fora sont tenus sur des sujets divers et variés : la situation des travailleurs des États-Unis après l’élection d’Obama, récit de la lutte dans les Antilles de cet hiver…

D'une porte parole…

D'une porte parole…

Et à 15 heures, le dimanche et le lundi, tout s’arrête. C’est l’heure de l’allocution de la porte parole de Lutte Ouvrière. Nous avons donc assisté à la passation de pouvoir entre Arlette Laguiller et Nathalie Arthaud, qui la remplace à ce rôle.

…à une autre !

…à une autre !

Personnellement, j’ai trouvé cette fête très chouette. Les gens sont joyeux, heureux. On se tutoie avec facilité. Les personnes sont ouvertes et bien intentionnées. On y est un peu hors du temps, hors du monde. On n’est au courant de rien (rater, dans le même week end, l’élimination de Nadal puis la disparition d’un Airbus d’Air France, c’est tout dire !)
Finalement, c’est très agréable, cette sensation un peu flottante… « Et ça fait si vide après, quand la vraie vie revient« . Le retour à la « vraie » vie est assez particulier. Reprendre le car, puis le métro puis le train… On ne comprend pas tout !

Et la politique alors ?
J’en ai aussi profité pour découvrir un peu plus ce qu’est Lutte Ouvrière, ce que sont leurs idées (au delà de l’image -presque d’Épinal- du « Travailleurs, travailleuses » d’Arlette Laguiller).
Et je me suis rendu compte que je ne comprenais pas tout. Pas sur le principe, non, mais sur le vocabulaire. Je me sens relativement proche des visions globales du parti ; je me sens, à tout le moins, du même bord politique, c’est indéniable. Mais je ne comprends pas vraiment lorsque l’on oppose les « bourgeois » aux « ouvriers ». Je ne dis pas que la vision de notre société comme étant une société de classes me semble fausse. Il me semble juste que les classes ont bougé.
J’ai l’impression qu’il existe certainement toute une frange de la société qui est riche, qui brasse des sommes qui ne nous sont pas accessibles, qui nous considère comme quantité négligeable et sacrifiable et qui gouverne à son profit en cherchant à exploiter le reste du monde. Appelons-les « bourgeois » ou « capitalistes », pourquoi pas… Pour moi, le clivage se situe là, à ce niveau, il y a « eux » et « les autres/nous ». Du coup, j’ai du mal à saisir le relatif mépris affiché par Nathalie Arthaud dans son discours sur la « petite bourgeoisie », et je crois que c’est là, surtout, une question de vocabulaire.
Enseignant, fonctionnaire, je ne me sens pas appartenir, par mes revenus, mon style de vie, à la classe « ouvrière ». je suis dans la classe moyenne, dans la petite classe moyenne. Suis-je ce petit bourgeois ? Qu’est-ce qu’être un « petit bourgeois » ? Pour moi, c’est une espèce de snob, au sens latin du terme (celui qui aimerait être noble), dans le sens où il aspire à la bourgeoisie sans en avoir les moyens, ni avoir aucune chance de l’intégrer dans les faits. En conséquence, il vote contre ses intérêts par mimétisme et ignorance, il consomme de la même manière. Dans ce cas là, si l’on veut la Révolution sociale, faut-il se mettre ces gens là à dos ? Ne faudrait-il pas plutôt les convaincre que leur intérêt est dans la transformation sociale totale, égalitaire ?

C'est la lutte finale !

C'est la lutte finale, groupons nous et demain…

J’attends vos contributions et avis 😉

Publicités

15 Commentaires

Classé dans Au jour le jour, politique

15 réponses à “La fête de Lutte Ouvrière

  1. jaed

    preum’s

    (tu l’as voulu, tu l’as eu)

  2. stephenr11

    Je pense qu’on peut vouloir être noble, et être quelqu’un de bien, non? Mais pour celà il faudrait aussi se demander qu’est-ce que c’est que d’être noble…
    Et des ouvriers prêts à marcher sur les épaules d’autres ouvriers pour atteindre la marche du dessus dans l’échelle sociale, on doit bien pouvoir en trouver.

    Au sujet des révolutions, ça va être comme d’hab… La plus petite classe (le Peuple) se fâche. La classe la plus haute (les Nobles ou les Grands Bourgeois) essaie de réprimer. La classe entre les deux (les Bourgeois, ou Classe Moyenne) attend de voir ce que ça va donner avant de se mouiller, et si la Révolution ébranle le pouvoir, la classe moyenne souffle dessus pour finir le mouvement, et prend les choses en main parce que le Peuple peut diriger sa maison, mais pas un pays, faut pas déconner non plus.

    Bref, les Révolutions, c’est cons, c’est juste un jeu de chaises musicales. On fait tomber le plus haut, le 2ème prend sa place, le 3ème prend la place du 2ème, le 4ème la place du 3ème, le 5ème… vous avez compris? Parce que sinon je peux aller loin, j’ai fait des études de math, je sais bien compter!

  3. Coco

    C’est surtout une question de représentations: un prof est plus proche d’un ouvrier que d’un dirigeant d’entreprise de par son salaire et sa manière de vivre. Mais culturellement il se considère au-dessus de l’ouvrier, car études, représentations sociales, « prestige » que le prof croit encore avoir dans la société (est qui est bien mis à mal). Je dis prof mais je pourrais aussi dire infirmière, employé lambda…
    Je crois que la « classe moyenne » qui émergeait en France a tendance, en période de crise, de précarisation croissante, à disparaître pour laisser un clivage de plus en plus marqué entre le haut et le bas de l’échelle. Cependant, ladite « classe moyenne », qui aspire encore à un niveau de vie qu’elle ne peut plus se payer, n’a pas conscience d’appartenir à la classe des exploités. La conscience de classe s’est perdue, les classes n’ont pas bougé tant que ça.
    (Dans le discours il n’y avait pas de mépris pour les petits-bourgeois)
    C’est mon analyse très résumée, ça mériterait des heures de discussion!

  4. Merci des contributions, je crois que nous ne sommes pas loin d’être d’accord, mais ça mérite effectivement d’en parler 😉
    D’ac avec toi sur cette conscientisation absente, Coco, mais je persiste a penser que le vocabulaire est mal choisi et que les termes « classe ouvrière », s’ils vont effectivement correspondre a une réalité, ne peuvent permettre aux gens de s’y retrouver et de s’y identifier.
    Bref, il va falloir qu’on discute de tout ça 😉

  5. Nico le croco

    Tu as donc été chez LO ? Tu as pu les supporter plus de 10 minutes ? Chapeau !
    Les gars de Lo sont des troskistes et encore pas les ouverts, mais les plus durs, les Lambertistes.
    Les troskistes sont enfermés dans leur monde et ils essaient de faire en sorte que le monde correspondent à leurs analyses. Analyses qui se basent sur les théories marxistes (fin XIX° siècle) revue par Troski (1° moitié du XX° siècle). Ils sont donc complètement hors le coup : ils n’ont rien vu de la transformation radicale du libéralisme dans la 2° moitiée du XX° siècle en ce que l’on peut appeller pour simplifier « l’ultralibéralisme ». C’est à dire un mouvement qui va en l’encontre des fondements même du libéralisme.
    Le discours de LO est fondamentalement un discours religieux maquillé sous un jarguon pseudo-scientifique caractéristique du marxisme-léninisme. En gros c’est : »nous sommes les purs. Nous devons le rester. Et nous devons lutter contre le mal. » C’est à dire tout le reste. C’est pourquoi ils refusent toute alliance. C’est un discour millénariste. Ce n’est pas pour rien que Christophe Boursseillié (le grand spécialiste de l’extrême-gauche en France) en est venu à étudier les mouvements millénaristes chrétiens. Car les similitudes sont très grandes : les millénaristes attendent la parousie du Christ qui jugera les hommes, LO le Grand Soir qui permettra aux purs (eux) d’arriver au pouvoir.
    Je suis de gauche, mais je n’ai rien en commun avec LO. LO nous considère tous comme des sociaux-traitres et j’espère qu’ils n’arriveront jamais au pouvoir. En effet, la seule différence avec les Staliniens, c’est que les Staliniens les ont exterminés. Mais les idées sont très proches.

    En ce qui concerne les révolutions, je suis assez dubitatif sur l’élaboration d’une théorie expliquant toutes les révolutions. Chacune est différente de l’autre !
    Rampa, je pense que tu devrais lire du Bourdieu, tu devrais te reconnaitre là-dedant, dans ses observations sont la paupérisation des classes moyennes.

  6. @Nico Je suis un peu perplexe par le ton de ton message… De ce que j’en ai vu, les personnes croisées ce week end n’ont l’air ni allumées ni millénaristes.
    Certes, leur attachement au communisme révolutionnaire est grand et fait leur fierté, les références à Trotsky sont nombreuses, mais de là à en faire une secte, non, je n’ai vraiment pas eu cette impression.

  7. Coco

    Nico, tu es mon nouveau pote 😉

  8. Fofa

    Te casses pas la tête… Au moins tu as vu et non pas entendu parler de LO ! C’est cent fois mieux. Des petits-bourgeois qui sont prof (ou autres, j’en connais quelques-uns et qui sont à LO). Moi, je vais à la fête depuis 1972. Je m’y sens bien et j’aime que l’on parle de « moi ». Ben oui je suis un ouvrier… (chauffeur-livreur qui travaille avec son frère comme patron. Tiens lui aussi viens à la fête…).
    Aller à la fête c’est bien et faire la Grande Union de Tous les Travailleurs…
    Bonne soirée à toutes et à tous

  9. Nico le croco

    Rampa, je n’ai pas parlé de secte pour LO. Bien que certains commentateurs n’ont pas hésité d’employer ce mot.

    Je pense que tu as du mal à voir le rapport entre le troskisme et le millénarisme chrétien. On a eu pourtant des cours à la fac dessus. Fourcade te disait-il pas que le communisme n’est une hérésie du christianisme. Le Marxisme est une philosophie. Mais le communisme (sous ses différentes formes) a été vécu par des millions de personnes comme une forme de religiosité, comme une espérance laïcisée. En effet, combien étaient capable de disserter sur les différents concepts philosphique du marxisme ? Mais il pensait que la classe ouvrière (le Peuple élu), après le Grand Soir ou la Révolution (la Parousie), instaurerait la Société sans classe (le Paradis). Le Marxisme-Leninisme a ajouté la figure du guide/pasteur (Lenine, Staline ou Troski). Il faudrait que je vérifie si Jean Delumeau dans sa monumentale du paradis, en 3 volumes, n’a pas évoqué ce thème. Je crois que si, dans le 3° volume (« Mille ans de bonheurs »).
    En disant cela, je ne considère pas tous ceux qui ont vécu ou qui vivent cette espérance comme des allumés millénaristes. De part mon histoire personnelle, je sais combien une soif de justice, une volontée d’amélioration du monde les animaient (ou les animent).
    Bon, c’est sur que pour ceux qui se considèrent comme des athées fervents et qui ne voient la religion que comme un opium du peuple, ça peut ne pas plaire. Je pourrais d’ailleur la même chose que la dimension religieuse du Gaullisme (sans le coté millénariste). Mais il me semble que cette dimension « religieuse » ou « millénariste » (au sens le plus neutre du mot) est incontestable.

  10. Séb de nimes

    LO c’est pas l’organisation politique qui a exclut des militants en Aquitaine parce qu’ils avaient eu des relation sexuelles ou avaient voulu se marier (concept petit bourgeois)??
    C’est vrai que c’est une organisation ouverte et sympa. Tu me diras comme l’a très bien dit Cohn Bendit. Il en va des victoires politiques, des fêtes politiques comme d’un couple. Au début c’est la lune de miel, on s’aime, on voit que les bons côtés… Après on emménage ensemble, on commence à voir les défauts, ils deviennent insupportables, on se tape dessus, on se quitte.

    Je te laisse faire toi même le constat.

  11. Donne moi tes sources, sur ces exclusions… Parce que ça me semble passablement douteux (pas les exclusions, mais bien les motifs).
    Et de toute manière, je ne comprends pas, je n’ai jamais dit que j’étais adhérent à LO, seulement que j’avais découvert ce mouvement lors de leur fête et que je ne me sentais pas très éloigné de certaines de leurs idées politiques.
    Très honnêtement, ma dernière adhésion politique en date m’a passablement guéri de toute velléité de recommencer. Je ne suis pas fait pour l’adhésion, incapable de me plier à une « ligne de conduite » pour défendre « son » parti quoi qu’il fasse !

    Pour terminer, je crois que nous avons une vision assez différente du couple, Seb. Mais certes, tu es marié, toi, tandis que je suis toujours célibataire, c’est vrai 😉

  12. Coco

    Exclure des militants parce qu’ils avaient eu des relations sexuelles? tu confonds avec un monastère là! A LO je te rassure, on boit, on baise, et parfois même on se marie. Toutes les filles n’ont pas les cheveux courts ; elles ne commencent pas toutes leurs phrases par « travailleuses, travailleurs ».
    Merci quand même, ça m’a bien fait rigoler…
    (NB: je ne suis plus à LO mais j’y ai milité pdt qq années. Je n’ai pas renié les idées ni mes camarades)

  13. « A LO je te rassure, on boit, on baise, et parfois même on se marie. »
    Je ne sais pas si ça va rassurer Seb, mais moi, en tout cas, oui 😀

  14. Nico le croco

    j’ai trouvé ça sur Internet :
    « Attaqué sur ce sujet, Lutte ouvrière a finalement choisi de s’expliquer dans un document intitulé Elles courent, elles courent, les rumeurs « Le fait d’avoir un enfant n’est évidemment en rien un « comportement bourgeois ». Par contre, le fait d’avoir un enfant, pour un militant qui occupe des responsabilités, peut l’empêcher d’exercer valablement celles-ci (à moins d’avoir des domestiques ou de laisser sa compagne assumer seule les charges qui découlent de cette naissance, ce qui n’est pas précisément dans nos mœurs). Cela dit, ce n’est pas pour autant un motif d’exclusion. Par contre, quand un de nos responsables décide d’avoir un enfant après avoir expliqué à d’autres qu’ils ou qu’elles devraient y renoncer pour militer, nous nous sentons effectivement le droit de juger que ce comportement-là n’est pas compatible avec l’appartenance à notre mouvement.»
    http://www.legraindesable.com/html/lutte_ouvriere.htm

  15. @Nico Ca ne me choque pas que de discuter avec quelqu’un de l’inadéquation de ses paroles et de ses actes… C’est bien là ce dont il s’agit.
    Au pire, ils déconseillent des enfants parce que ça nuirait à son action de militant, ben là, c’est du choix de chacun…
    Mais là encore, se pose la question de la liberté du militant dans un parti politique. S’il y a des gens qui sont prêts à tout pour défendre coûte que coûte leurs idées, c’est de leur vie, de leur liberté dont ils disposent.
    Je sais que ce ne serait pas mon choix, mais je laisse volontiers les autres décider pour eux-mêmes.
    Je ne vois pas où est le problème.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s