Archives mensuelles : juin 2007

Le point à la mi-course


En théorie, dans un remplacement, la situation ne peut que s’améliorer… Ben pas là !
J’ai vécu hier ma pire journée de prof ! J’ai même peur que ce ne soit la meilleure des jours à venir.
Comment résumer ? Les élèves du centre, pour beaucoup, sont dans une toute puissance ravageuse. Au moindre souci, à la plus petite contrariété, ils quittent la classe (ils « fuguent », comme ils disent) et errent dans le centre. En théorie , une éducatrice est de permanence afin de gérer les conflits qui ne manquent jamais d’éclater entre les enseignants et les élèves, mais aussi afin de prendre en charge ces élèves fugueurs.
Beaucoup dépend de cette éducatrice, qui nous sert de « back up » et peut éviter que les situations ne dégénèrent totalement. Comme nous, les instits, le sommes, elle est bien seule aussi…
Quoi qu’il en soit, hier matin, 3 enfants incontrôlables sont sortis de la classe de ma collègue. On ne peut pas les retenir vraiment… Et l’éducatrice de service n’a pas fait grand chose, si ce n’est essayer de les remettre en classe (ce qui est vain : ils l’ont quittée, c’est pour une raison !) et les laisser errer dans le centre. Il sont alors décidé de s’en prendre à moi, après tout, je suis le nouveau, non ?
Ca a commencé par des cailloux à travers les fenêtres ouvertes, puis me visant directement lorsque je penchais la tête au dehors. Les fenêtres fermées, il fait 30° dehors : j’ouvre la porte ! Naïf que je suis : les voilà devannt la porte, me lançant des cailloux que j’esquive… La porte est bientôt fermée, les cailloux pleuvent dessus : chaude ambiance !
Finalement, un élève de ma casse fait mine de vouloir les rejoindre : il se lance dehors sous le prétexte d’aller aux toilettes. Je le rattrappe pour lui préciser quelles seraient les sanctions en pareil cas. Je me choppe alors, venant toujours d’un des trois élèves partis plus tôt, une pomme de pin sur le cou…
Furieux, je me retourne et vois l’éducatrice derrière moi… Je lui crie dessus que ce n’est plus possible, qu’il faut les maitnenir quelque part, ces élèves là, que je ne suis pas là pour prendre des coups et que si ça continue comme ça, je pars.
La matinée continue plutôt mal que bien et voilà midi, l’heure tant espérée de relâcher les enfants, déjà bien ébranlé par tout ça… Un de mes élèves ayant fugué finalement sur la fin de la classe à cause d’un coup qu’il a reçu d’un autre, je vais le voir pour en dicuter (la fuite n’est pas forcément une solution… En même temps, il se protège : il faut que je tire ça au clair). Pendant la discussion, je reçois une pierre dans le dos. L’élève qui vient de l’envoyer me regarde, de loin, avec un sourire victorieux sur le visage. Il en faut beaucoup pour que je me contrôle à ce moment là. Je ne fais que lui dire que je pourrais tout à fait porter plainte pour ça *soupirs*. Cet élève va être enlevé du centre et transféré, probablement, vers un hôpital psychiatrique.

Afin que le tableau soit complet, il faut savoir que l’après midi, je recevais mon conseiller pédagogique au beau milieu de ce bordel. L’après midi s’est mieux déroulée : un élève a seulement 2 fois foutu toutes les tables et les chaises de ma classe en l’air après avoir essayé de frapper un autre élève avec une balle en bois (oui, les quilles, pas une bonne idée !!).
Finalment, cette journée de rêve s’est terminée sur le conseiller pédagogique qui nous fait comprendre que nous sommes en faute professionnelle en laissant les enfants partir sans surveillance pendant la classe, mais qu’il comprend bien que nous n’avons pas le choix. Il espère, finalement, que « nous ne tombions pas pour faute professionnelle ».

Voilà, on essaie de faire ce qu’on peut, le mieux qu’on espère, et nous voilà menacés d’être sanctionnés au cas où un enfant fugueur aurait la malencontrueuse idée d’aller se faire renverser sur la route toute proche alors même que nous ne pouvons le retenir.
Alors nous allons tous retourner demain à l’école nous mettre en danger, physiquement, moralement, juridiquement, pour la gloire du « plus beau métier du monde ».

Franchement, tout ça me dégoutte un peu et je profite du mercredi pour craquer un peu 😥

Ca ira mieux demain…

PS Merci des encouragemens reçus ici, ça fait vraiment plaisir !
PPS merci aussi pour la soirée improvisée hier, elle était nécessaire !

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10 ans…

Anniversaire un peu particulier aujourd’hui : voilà 10 ans que Gaston Mandeville nous a quitté.
La plupart des quelques lecteurs de ce blog ne le connait pas, c’est normal ! Auteur, comppositeur et interprète québécois, il était venu donner quelques concerts en France, notamment aux Francofolies de la Rochelle de je-ne-sais-plus-quelle-année et y avait rencontré ma mère (il faut dire que c’était un peu grâce à elle qu’il était programmé).
C’est comme cela que je l’ai croisé et qu’il est devenu mon ami.
Je n’étais pas vieux, une toute petite quinzaine d’année et je ne l’ai pas vu souevnt, mais il m’a marqué et il restera toujours pour moi comme une petite étoile. Je me souviens de ce que nous avons partagé, des trucs de « gars » : il m’a emmené voir les Expos de Montréal jouer au Stade Olympique (C’est du Base Ball. Les Expos avaient perdu 1-0 contre San Diego… Mais les hot dogs étaient pas trop mal !), m’a expliqué les dangers et les écueils du SPM ou syndrome pré-menstruel, ce genre de trucs utiles !!
Il est mort « d’une longue maladie », un cancer en termes non politiquement corrects, emporté alors que jeune encore, en un peu plus d’un an. Chienne de vie !
Bref, et en guise de conclusion, ça fait 10 ans et tu manques toujours… Tu en doutais ?

Pour finir, une présentation rapide de l’œuvre de Gaston.
Pour commencer, son « hit », incontournable : Le Vieux du Bas du Fleuve. Faites une recherche sur youtube pour en découvrir quelques reprises, dont une, hard rock, qui ne manque pas de piquant ! Comme je suis sympa, je le mets en lien icitte.
Ensuite 2 chansons plus récentes (dernier et avant-dernier album) : une que j’aime beaucoup, qui s’appelle Fille du Nord et une autre qui est, à mon avis (et pas que…), une de ses meilleures : Toutes les nuits.
Edit pour Johanna : Le Bonheur
Parlant de reprises, allez voir sur youtube les vidéos de Cynthia Page, une québécoise qui reprend quelques chansons de son pays et quelques unes d’ailleurs… Plutôt pas mal (même si ça fait 3 mois qu’elle a rien posté… Bouh)!

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Le point au premier virage…


Je me souviens d’avoir annoncé il y a quelques temps sur ce blog que je ne parlerais pas du boulot… Mais là, ben si !
Pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi : je suis professeur des écoles et travaille dans l’enseignement spécialisé, cette nébuleuse qui recouvre un bon milliard (si si ! 😉 ) de situations différentes.
Mon premier « vrai » remplacement (car je suis remplaçant, ce qui, dans l’Éducation Nationale est un vrai poste…) fut dans un IME (pour Institut Médico-éducatif), à 15 minutes à pied de chez moi, auprès d’enfants porteurs de handicap mental moyen à sévère. Pour résumer pas mal de trisomiques, quelques autistes et d’autres syndromes que je ne détaillerai pas (pour la plupart, j’en suis bien incapable et de toute manière, ce n’est pas très important).
Pour une première expérience, ce fut très enrichissant : l’IME semble fonctionner très bien, avec une belle brochette d’éducateurs spécialisés qui tentent d’apporter un vrai quelque chose à ces enfants qui n’ont pas été vernis. La relation entre la plupart des enfants et leurs éducateurs est à ce niveau là très évocatrice : un vrai climat de confiance mutuel règne.
Du point de vue pédagogique (mon rayon, en quelque sorte), c’est une véritable catastrophe en règle générale (je parle du niveau des élèves) mais l’ensemble des élèves reste très agréable et surtout très enrichissant à cotoyer. J’en garde, à jamais, un grand souvenir. Oh ! ce ne fut pas rose tous les jours (j’ai glané quelques morsures, griffures et autres pincements sur les bras ou les mains, quelques pieds écrasés, aussi), mais l’expérience fut indéniablement positive. Ce ne fut pas sans un (très) sérieux pincement au cœur que, par suite du retour du prof que je remplaçais, je dus quitter l’IME vendredi dernier.
Nouveau remplcement à partir de lundi… Changement de lieu : je me retrouve à 1h15 de route de chez moi. Déjà, ça commence mal. Changement de structure aussi : nous nous retrouvons dans un ITEP (pour Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique). Normalement, ça ne parle à personne. Il faut dire que l’acronyme est neuf, il n’a pas 2 ans. On a préféré remplacer l’ancien, trop évocateur, peut être : les ITEP ont succédé aux IR ou Instituts de Redressement…
Le public accueilli vient directement des écoles (pas forcément le cas dans les IME) dans lesquelles les élèves ne pouvaient trouver leur place en raison de troubles du comportement graves (entendre : ils bossaient pas et foutaient un bordel pas croyable). Cet ITEP accueille donc des enfants de 8 à 12 ans, inadaptés au système. Normalement, la décision d’orienter un élève dans ce type de structure a pour objectif d’apporter à l’enfant un plus éducatif majeur, doublé de temps pédagogiques afin de combler les retards et de donner à chacun les mêmes bases. J’insiste sur la primauté du temps éducatif à mon sens : les élèves n’ont pas un comportement adapté à la vie d’une classe souvent parce qu’ils n’ont pas non plus un comportement adapté à la vie en société. De mon point de vue, si amélioration il doit y avoir, c’est bien par le travail de l’éducateur et non celui du pédagogue qu’elle doit advenir.
Or là, surprise totale : le temps de classe est plus important qu’en école primaire, les éducateurs ne sont là que pour le lever, les repas et le coucher (nous sommes dans un internat…). Les instituteurs se tapent donc tout le sale boulot et on se retrouve à faire de l’éducatif, justemment.
L’ambiance dans le centre est délétère, les jeunes, pour moitié, viennent de la cité et ont importé le modèle dans le centre : ils font la loi et donnent un bel exemple de toute puissance. Face à eux, des éducateurs dépassés et souvent absents, un directeur de centre qui n’assume pas son rôle de « super censeur », celui de l’autorité suprême à qui on appelle pour voler à notre secours (rôle dont je ne voudrais pour rien au monde…) et trouve toujours une excuse pour ne pas être là. Bilan des courses, personne d’autre que les instits et un éducateur « référent » dans le centre le matin et l’après midi, personne pour nous venir en aide lorsqu’on ne contrôle plus rien. Je suis un peu décontenancé, presque furieux, de cette situation : j’ai l’impression d’être en première ligne sans personne derrière pour nous soutenir et d’être là, en quelque sorte, pour limiter la casse et prendre des coups !
Et la casse, il y en a ! Rien qu’hier, pour avoir osé intervenir alors qu’un enfant (A.) tapait puis envoyait des pierres à un autre (M.), A. s’en est d’abord pris encore plus à M., le rendant responsable de sa punition (oui, moi, j’ai du mettre des punitions ! Je déteste ça…) avant de retourner son courroux contre moi, tout comme ses cailloux, d’ailleurs. Bon, votre serviteur n’a rien eu, je vous rassure tout de suite. Je me suis fait copieusement insulter, bien entendu. A. est ensuite allé chercher des renforts et avec ses potes, ils ont rejoué les émeutes en banlieue, mais dans le centre. On pensait que la nuit les auraient calmés, que nenni, les voilà repartis ce matin à fuguer : la moitié des 23 élèves du centre dans la forêt. Intervention des gendarmes, tout le toutim…
Pour moi, cette fugue est emblématique de l’ambiance du centre : les enfants ne sont pas encadrés, les adultes du centre sont perçus comme des ennemis (faut dire qu’ils le cherchent : si je pouvais, j’applatirais volontiers le psy contre un mur. Encore une différence avec l’IME dans lequel je trouvais les psys biens), nous (les instits) avec… Ce sont des enfants qui n’ont confiance en rien, pas même en leur potes, ils sont d’ailleurs incapables d’avoir des amis, je pense. C’est triste et d’autant plus que je ne sais pas, je ne pense pas même, que quelque bien leur soit apporté là.
Et pour cause : ces enfants ne sont pas éduqués mais dressés. Et le dressage humain n’a toujours apporté ue révolte légitime… *soupir* C’est dur d’aller au boulot parce qu’on ne sait pas ce que la journée nous réserve, c’est surtout dur de se dire qu’on ne peut pas faire grand chose et qu’on ne sert à rien… voire même qu’on est complices. Je ne suis là que pour 4 semaines et demi, une de passée, en reste 3…
J’essaie, néanmoins, de leur montrer que je veux avoir confiance en eux (ce qui m’a valu, entre deux insultes, d’être catégorisé dans les « gentils maîtres »), d’aller vers eux quand ils sont en crise, au risque, bien réél, de me prendre un caillou ou autre chose : je ne veux pas, je ne peux pas laisser tomber.
Mais il est sûr que la motivation n’y est pas, l’envie non plus… Bref, pour la première fois depuis ma récente entrée dans l’Éducation nationale, je « vais au boulot », je fais mes heures et voilà, sans envie, sans goût, par obligation pure *soupirs*

Sur le sujet, je ne saurais que conseiller la lecture de la BD Le Journal d’un remplaçant de Martin Vidberg dont la couverture est l’indispensable illlustration de cette note (cliquez ici pour le commander directement chez amazon… Je ne fais pas de la pub gratuite, je suis fan ! Cliquez aussi sur l’image pour avoir les premières planches dispo sur le net…!)

À bientôt pour de nouvelles aventures !

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