Apocalypto

La question qui se pose à la sortie du film est : « Pourquoi ? »
Pourquoi la langue oubliée ?
Pourquoi la violence gratuite ?
Pourquoi la souffrance ?
Pourquoi avoir fait ce film ?

En ce qui concerne la langue, passons vite, c’est un peu comme la Passion, c’est seulement rigolo. Le seul truc, c’est qu’on se demande parfois si les acteurs savent vraiment ce qu’ils disent… La scène de la petite fille, véritable Cassandre, est emblématique : on a devant nous une enfant qui récite une poésie en annonant parce qu’elle ne sait pas ce qu’elle raconte…

La violence gratuite. Il s’agit d’un argument de vente du film : on y va pour voir « jusqu’où il est allé », on y va pour voir du sang. Un peu comme un porno, en fait, sauf que là, c’est du sang plutôt que du sperme.
Et ça coince un peu… Je veux dire, la violence est filmée comme partie intégrante de cette société, elle est crue (mais la violence l’est férocement, non ?) et se veut réaliste… Sauf que voilà, on passe ici la limite : la violence de ce film ne dégoûte pas, ne fait pas mal : on en rit presque. C’est un film gore et personellement, je l’ai vu comme tel. On rigole, on est impressioné de voir ce qu’il fait (Notre ami Mel, bien sûr), mais on n’est pas touché, on est loin de cette violence et loin du film, en fait. À ce titre, la scène du type qui vient de se ramasser un gros coup de massue à la tempe dont on voit la plaie qui, en plus de laisser apparaître un bout de cerveau, pisse le sang en jet est, en fait, franchement drôle : d’abord par son inutilité et aussi par son côté concours de bite : « regarde ma belle hémoglobine »…

Et la souffrance physique ? Souvenez-vous de la Passion du Christ : notre ami Mel filmait l’acceptation de la souffrance et la réalisation de soi par la souffrance, le tout passant par une soumission certaine à l’autorité (terrestre et divine à la fois dans le cas de Jésus). Il faut croire que notre ami Mel n’a pas encore fini de vider son sac. Notre héros (cf sa coolitude plus bas… J’écris en vrac, désolé !) se retrouve prisonnier et à 2 doigts d’être sacrifié sur cette foutue pyramide en escalier, comme deux de ses potes avant lui (Oui, notre ami Mel, c’est aussi Monsieur plus : « Pas un, mais deux, oui, vous avez bien lu, deux sacrifices humains ! »). C’est le héros, je veux dire, on se dit qu’il va bien devoir s’en sortir. En général, un héros, il trouve toujours une solution, il se bat et nous, le public, sommes heureux pour lui car il a réussi… Donc on pense, en toute logique, qu’il va se battre, tenter quelque chose pour sauver sa vie, ne pas l’abandonner là, sous le couteau d’un prètre malsain et sous le regard d’une foule malsaine. Et bien non ! Rien, nada, niente, nothing : il ne bouge pas, avance et se laisse coucher sur le billot comme à l’abattoir. Bon, à ce moment là intervient une péripétie digne de Hergé (je vous laisse deviner… C’est fastoche) et hop, il est sauvé : message ? Soumets toi au(x) Dieu(x) et tu seras sauvé !
Merci notre ami Mel, merci bien !
Et « Aide-toi le ciel t’aidera », ça te dit rien ?

Le pourquoi du comment ?
Je me dis toujours en allant au ciné que des gens ont dépensé des millions de $ pour que ce film se fasse : ils doivent bien vouloir faire passer un message, non ?
Certes, des films sont fait uniquement parce qu’on espère un retour sur investissement colossal (des trucs genre le Transporteur…). Mais là, franchement, un film américain tourné dans une langue que personne ne comprend : il faut bien avoir envie de dire quelque chose pour se compliquer la tâche ainsi, non ?
Alors quoi, qu’est-ce que notre ami Mel a bien voulu nous dire ?
Déjà, que la civilisation c’est mal… Enfin presque. Le héros du film, c’est un type bien : il vit dans un village, une communauté harmonieuse, il chasse, il est joueur, déconneur, il a une belle femme enceinte jusqu’aux yeux, un beau fils, c’est le fils du chef, il demande rien à personne que vivre tranquillos sur son coin de forêt, en un mot comme en cent : il est cool !
Son village aussi, il est cool : les habitants ont des rôles précis, sans qu’il n’y ait vraiment de tensions sociales…
Puis viennent les hommes de la ville, mercenaires méchants au service du pouvoir royal. La vision de la ville est effrayante : misère, faim, maladie… et richesses. La pression sociale s’impose alors et on sacrifie des humains devant le roi, offrant à la foule déchaînée ce spectacle sanguinaire (des Jeux, mais sans pain, visiblement) : le message est clair : la civilisation corrompt un état de nature originellement bon… Tiens, notre ami Mel aurait-il lu (et certainement mal interprété) son Rousseau ?? Toujours au registre de la civilisation, arrive la fin (je mets entre crochets et en tout petit le spoiler de la fin dont tout le monde se fiche éperdument tellement elle est annoncée dans le film) : [le héros est indirectement sauvé par l’arrivée des Espagnols… Quel est le message ici : la civilisation Maya pas bien et les Espagnols bien ? Sachant toute l’ampleur de la christianité de notre ami Mel, il y a de quoi se poser des questions !]

Bref, le message du film est-il que la civilisation corrompt ? Qu’il faut aller au bout de la souffrance pour se révéler enfin à soi même ? Qu’il faut se soumettre aux Dieux, au pouvoir ? Que chaque civilisation porte en elle les germes de sa destruction ?
Un peu léger, non ?

Je ne peux terminer cette longue note sans aborder 2/3 points. Tout d’abord la maîtrise technique : notre ami Mel maîtrise son art, ça se sent. Bon, ce qu’il raconte c’est bof, mais visuellement, c’est réussi : filmé en numérique, caméra portée la plupart du temps, on est près des personnages, près de leur environnement, le côté à la fois salvateur et mortel de la forêt tropicale est bien rendu, ça va vite (un peu trop parfois : en plus d’avoir un souffle à faire pâlir Zatopek, ils ont une rapidité qui n’envie rien à celle de Michael Johnson !).
Sinon, que dire de la volonté de réduire les Mayas à ça : 3 pyramides desquelles coulaient des flots de sang ?

Je vous mets en lien l’excellent article de mon distingué confrère snake qui synthétise bien ce que nous en avons dit à la sortie du film (à ceci près qu’il a plutôt aimé et moi pas !)

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3 Commentaires

Classé dans au ciné

3 réponses à “Apocalypto

  1. july of the jedi

    Alors tout d’abord: Welcome, woowoo Ju fait un blog, tu verras c’est du taf!
    Ensuite je n’irais pas voir Apocalypto pour la même raison que je n’ai pas vu la Passion du Christ: ERK!! Il nous a fait le couplet « les juifs sont méchants ils mangent des bébés » il continue avec « les mayas sont nuls, ils comprennent pas l’espagnol » ça va deux minutes!!!
    Puis je te dirais qu’au même titre que tes posts sur le blog de P. Ménès, relis toi nom de dieu (cf Mel) la « autrotié » me fait encore rire.
    Enfin on blog c’est: http://pelagie69.blogspot.com et tu as le droit de faire des commentaires même cinglants!

  2. Mimi Tape Dur

    notre ami Mel, notre ami Mel… Un peu lourdingue, la formulation, surtout quand elle est répétée à l’envi. À moins qu’il y ait une private joke là-dessous. Mais trop private, alors…

  3. rampa

    @ mimi…
    Ben je tentais un effet de style lourd afin de montrer le côté lourd du film… Bon, si c’est raté, c’est raté, tant pis 😉 !

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